Décembre 13 2019

L’Internet énergivore

 C’est de loin l’une des inventions les plus révolutionnaires de l’humanité : l’Internet. Que ce soit sur la tablette, le smartphone ou le PC, il fascine des millions de personnes chaque jour. Mais ce dont presque personne ne parle : la forte demande d’énergie.

« En 2020, les besoins énergétiques du numérique représenteront environ 20 % de la consommation mondiale d’électricité « , prédit le Professeur Damien Ernst de l’Université de Liège.

Pas étonnant : en octobre 2019, environ 4,12 milliards de personnes étaient en ligne et leur nombre ne cesse de croître.

Ce sont les centres de données qui rendent Internet possible. Des milliers de serveurs contiennent des données auxquelles nous pouvons accéder et ceci, à tout moment, 24 heures sur 24. Selon une étude de Greenpeace, si Internet était un pays, il aurait la sixième plus grande consommation d’électricité au monde. Selon la RTBF, il serait le troisième consommateur d’électricité après la Chine et les États-Unis.

Selon le New York Times, les centres de données de Google, par exemple, consomment autant d’électricité qu’une ville de 200 000 habitants.

Et la consommation d’électricité a son prix : il y a de plus en plus de flux de données et plus les appareils numériques sont utilisés et mis en réseau, plus il faut de l’énergie électrique. Même si les smartphones, les ordinateurs portables et les PC deviennent de plus en plus efficaces, cela ne peut pas réduire la consommation d’énergie élevée.

Quelle est la composition de la consommation d’électricité ?

Par exemple, si vous lancez une recherche Google, vous avez besoin d’énergie à 3 endroits :

  • Pour le smartphone, la tablette ou l’ordinateur, c’est-à-dire le terminal,
  • Puis, dans les centres de données avec leurs serveurs et leurs unités de refroidissement
  • et enfin dans les réseaux de communication, y compris les stations de téléphonie mobiles et les routeurs Internet.

Mais ce qui demande surtout beaucoup d’énergie, ce sont les centres de données. Les centres de données de Francfort consomment à eux seuls plus d’énergie que l’aéroport international. « Et ce dont un centre de données a le plus besoin, c’est de refroidissement « , explique le professeur Harald Lesch dans sa conférence sur la dictature numérique. C’est pourquoi les grandes entreprises de l’Internet poussent leurs centres de données vers la Scandinavie.

Facebook a établi son premier centre de données en Suède en 2011 et prévoit maintenant de doubler sa taille. Le nouveau centre de données aura une superficie de plus de 100 000 mètres carrés, coûtera 1,2 milliard de dollars et sera opérationnel en 2021. Cela en fera l’un des plus grands centres de données au monde.

Principales sources Cloud, Streaming et Bitcoin

Le cloud computing et le streaming vidéo sont les principales causes de l’augmentation des volumes de données et de la consommation d’énergie.

Avec le cloud computing, les données ne sont plus stockées sur le smartphone ou l’ordinateur comme auparavant, mais sur un serveur quelque part en Scandinavie ou aux Etats-Unis. Et plus il y a de données stockées sur les serveurs, plus il faut d’énergie.

Le streaming vidéo consomme également beaucoup d’énergie : selon la SWR, un film HD de trois Go consomme environ 0,6 kilowattheure. « Dès 2015, les vidéos étaient responsables des deux tiers du trafic de données. D’ici 2020, cette part atteindra 80 pour cent « , rapporte la SWR.

Si vous regardez un film d’une heure d’environ 3 gigaoctets sur Netflix, Spotify ou simplement une chaîne YouTube,… en streaming vidéo, il consomme environ 0,6 kilowatt heure. Avec la même énergie, vous pourriez parcourir 4 kilomètres en voiture électrique. Et si vous regardiez un marathon de séries, vous arriveriez facilement dans la prochaine ville avec l’électricité consommée.

Et dans le futur ?

Le prochain boom est déjà en vue : l’industrie 4.0. Des machines qui communiquent avec des machines via Internet… presque aucune industrie sans connexion Internet.

Problème avec les voitures automotrices : à en croire le président d’Intel, 4 000 gigaoctets de données sont générés par heure dans un véhicule autonome.  D’où devrait venir toute cette énergie ?

La tendance est aux centres de données de plus en plus grands, appelés centres de données hyper-échelles. Ils ont la taille de plusieurs terrains de football. Il y en a actuellement 350 dans le monde. Le Dr Ralph Hintemann, de l’Institut Borderstep, estime que ce nombre va presque doubler au cours des cinq prochaines années.

De nombreux géants de l’Internet tels que Google ou Apple utilisent des formes d’énergie régénérative. Google a déjà lancé des appels pour acheter plus d’électricité verte qu’il n’en consomme. Même Greenpeace atteste d’un très bon équilibre avec l’électricité verte. D’autres grandes entreprises comme Apple et Facebook dépendent également de l’électricité verte.

Comment peuvent contribuer les consommateurs ?

D’un point de vue individuel, chaque clic, chaque recherche ou photo téléchargée ne consomme en fait qu’un peu d’électricité…rien de comparable à la cuisinière électrique de la cuisine. Mais d’un point de vue global, les choses sont différentes.

Le trafic de données double tous les 18 mois dans le monde entier. C’est donc la masse qui fait la différence.

Néanmoins, chaque consommateur peut réduire sa propre consommation Internet en s’interrogeant sur l’utilité de certains courriels ou sur la nécessité de certains messages comme ceux contenant des textes dénués de sens, envoyés via WhatsApp.

Il faut avant tout trouver des solutions économiques et politiques pour cadrer et réduire cette consommation d’énergie.

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